{"id":459,"date":"2020-09-08T16:40:18","date_gmt":"2020-09-08T14:40:18","guid":{"rendered":"https:\/\/labkontempo.com\/?page_id=459"},"modified":"2022-01-26T16:08:58","modified_gmt":"2022-01-26T15:08:58","slug":"sur-le-projet","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/2020.labkontempo.com\/fr\/sur-le-projet\/","title":{"rendered":"Post-colonie Artistique \u00e0 Kinshasa:"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-larger-font-size\" style=\"line-height:1.7\"><strong> d\u2019o\u00f9 partent les perspectives?<\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-larger-font-size\" style=\"line-height:1.7\">Sinzo Aanza<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-regular-font-size\" style=\"line-height:1.7\"><br><br>Il s\u2019est produit dans la discr\u00e9tion la plus assourdissante et dans une incons\u00e9quence opini\u00e2tre, un \u00e9v\u00e9nement lumineux: la r\u00e9habilitation, par les pratiques contemporaines, de l\u2019artiste \u00a0\u00bbcongolais\u00a0\u00bb pr\u00e9-colonial. Le geste artistique pos\u00e9 dans ce cadre social, culturel, historique et politique particulier comme audace de d\u00e9passement de ce qui est par ce qui n\u2019est pas rappelle l\u2019audace de fa\u00e7onner un visage (masque) et un corps (nkisi) pour les esprits par exemple, et pas uniquement les plus bienveillants, car il fallait avoir une compr\u00e9hension des choses indubitablement contemporaine, intemporelle et donc simplement artistique pour prendre sur soi une occurrence telle que la proposition du Kifwebe \u00e0 la communaut\u00e9 politique et culturelle dans laquelle on se trouvait. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-regular-font-size\" style=\"line-height:1.7\">Au lendemain de conflits particuli\u00e8rement meurtriers de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es quatre-vingt dix, eux-m\u00eames ayant suivi un d\u00e9senchantement et un d\u00e9labrement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 telle qu\u2019elle avait commenc\u00e9 \u00e0 se penser en sortant de la colonisation sans consid\u00e9ration suffisante et f\u00e9conde pour les \u00e9l\u00e9ments de l\u2019imaginaire, apr\u00e8s d\u2019aussi longues ann\u00e9es d\u2019une structuration \u00e9trang\u00e8re essentiellement tourn\u00e9e vers l\u2019exploitation du territoire et des corps qui le peuplaient d\u2019une \u00e9nergie toute aussi rentable que le caoutchouc, l\u2019ivoire, le bois, l\u2019or, le cuivre, l\u2019uranium, etc, les artistes contemporains \u00e0 Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Kisangani, reprennent le geste artistique dans sa sublime et obstin\u00e9e pr\u00e9tention de d\u00e9passement des \u00e9l\u00e9ments du cadre solidement fix\u00e9 autour de la vie et dont l\u2019histoire comme l\u2019actualit\u00e9 bouscul\u00e9es, d\u00e9chir\u00e9es et grossi\u00e8rement rafistol\u00e9es, clament orageusement les lacunes et les monstruosit\u00e9s.<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En comparaison, <em>l\u2019art pour l\u2019art<\/em> est n\u00e9 de l\u2019ennui et des connivences dans l\u2019embourgeoisement des cr\u00e9ateurs, alors qu\u2019en ce cas de figure les urgences existentielles oppressent encore et secouent litt\u00e9ralement le corps comme l\u2019esprit.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-regular-font-size\" style=\"line-height:1.7\"><br>De tous temps, l\u2019artiste au Congo, dans ses communaut\u00e9s politiques pr\u00e9-coloniales comme dans sa marginalit\u00e9 coloniale et post-coloniale, a d\u00e9visag\u00e9 et manoeuvr\u00e9 le politique, c\u2019est-\u00e0-dire la vie et son encadrement, son exploitation, son orientation, ses perspectives et ses latitudes. En comparaison, <em>l\u2019art pour l\u2019art<\/em> est n\u00e9 de l\u2019ennui et des connivences dans l\u2019embourgeoisement des cr\u00e9ateurs, alors qu\u2019en ce cas de figure les urgences existentielles oppressent encore et secouent litt\u00e9ralement le corps comme l\u2019esprit. Le geste artistique \u00e0 proprement parler, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9, il n\u2019a pas davantage \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par la colonisation qui d\u2019embl\u00e9e l\u2019a class\u00e9 dans le paganisme et la primitivit\u00e9, \u00e9tant sans doute la plus grande contradiction \u00e0 la proclamation de la mission civilisatrice du projet colonial et se posant, rien que pour l\u2019imagination qu\u2019il propose comme le plus redoutable ennemi de la dictature qui s\u2019affirmera peu de temps apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du pays. Dans les pratiques d\u2019artistes contemporains, il appara\u00eet assez t\u00f4t que lors m\u00eame qu\u2019ils ne l\u2019abordent pas dans une frontalit\u00e9 juv\u00e9nile ou impatiente, un consensus est sournoisement \u00e9tabli sur la n\u00e9cessit\u00e9 de ne jamais arr\u00eater de f\u00e9conder le cadre h\u00e9rit\u00e9 de la colonisation, de le sortir des logiques de n\u00e9gation de la vie en tant que projet d\u2019exploitation quand bien m\u00eame l\u2019on voudrait faire de ces m\u00eames logiques des alli\u00e9s de la vie, comme lorsque la propagande coloniale rab\u00e2chait qu\u2019elle avait mis fin \u00e0 l\u2019esclavage ou la dictature de Mobutu au tribalisme et au sectarisme.<br><br>Il n\u2019est pas anodin que ce soit \u00e0 chaque fois une certaine jeunesse qui se manifeste et pose son geste. Le Laboratoire Kontempo est, comme son nom l\u2019indique, une proposition de d\u00e9passement de ce qui est, qu\u2019on le soup\u00e7onne, qu\u2019on le per\u00e7oive, qu\u2019on le vive, qu\u2019on s\u2019en accommode, qu\u2019on s\u2019en agace ou qu\u2019on en meurt, m\u00eame symboliquement.                               <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-regular-font-size\" style=\"line-height:1.7\">Mega Mingiedi, \u00e0 travers l\u2019image du fonctionnaire, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019individu qui incarne le service qu\u2019est suppos\u00e9 \u00eatre l\u2019Etat pour tous, se proj\u00e8te dans un cadre visc\u00e9ralement r\u00e9form\u00e9, o\u00f9 tous les mots habituellement associ\u00e9s \u00e0 \u00a0\u00bbcolonie\u00a0\u00bb trouvent un sens plus apais\u00e9. Ce qu\u2019il appelle une Post-post-colonie. S\u00e9phora Mianda remplace le folklore des motifs du pagne devenu v\u00eatement traditionnel au Congo suite \u00e0 la colonisation et \u00e0 la propagande dictatoriale de Mobutu, une parole qui fait r\u00e9ellement sens dans les vies des gens et en usant d\u2019une \u00e9criture, le Mandomb\u00e9, invent\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir de 1978 par le chercheur Wabeladio Payi. Peter Miyalu pose l\u2019absurdit\u00e9 de certaines injonctions esth\u00e9tiques h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation, telle que la salet\u00e9 et la mochet\u00e9 du cheveu cr\u00e9pu, en se soumettant au rasage dans des circonstances toutes aussi absurdes. Paulvi Ngimbi part de la mat\u00e9rialit\u00e9 de tout objet pour interroger les r\u00e9inventions de la croix \u00e0 travers sa plastique, ses formes parfaites qui s\u2019installent dans l\u2019inconscient comme la trace permanente de la perfection du sacrifice du Christ et un appel hypnotique \u00e0 la contemplation et non \u00e0 l\u2019action. Le duo Mukenge-Schellhammer revisite la violente relativit\u00e9 de l\u2019imposition du regard sur l\u2019autre, de la soumission \u00e0 ce regard et du jeu avec ce regard isol\u00e9 dans sa toute puissance et ne pouvant ainsi plus connaitre l\u2019autre, le rencontrer et s\u2019apercevoir de la nature commune des hommes. Prisca Tankwey et Godelive Kasangati proposent des all\u00e9gories des clich\u00e9s dans lesquels le continent africain est enferm\u00e9 si bien que que les Africains eux-m\u00eames y sont \u00e9trangers, pour la premi\u00e8re, et de la limitation des moyens de l\u2019imaginaire et de sa diversit\u00e9 par le pouvoir de langues \u00e9trang\u00e8res impos\u00e9es par la colonisation, pour la deuxi\u00e8me. Une esquisse de la ville pour Manzambi fait se rencontrer sur quatre grands carrefours de Kinshasa le po\u00e8te maudit, obstin\u00e9 et obs\u00e9d\u00e9 par une id\u00e9e de pays o\u00f9 toute id\u00e9e peut s\u2019exprimer et se r\u00e9aliser, Matala Mukadi Tshiakatumba, l\u2019artiste aux merveilleuses utopies urbaines Bodys Isek Kingelez et un jeune \u00e9tudiant kinois anonyme dont l\u2019incontournable radio trottoir raconte qu\u2019il avait propos\u00e9 un plan de robotique aux fins d\u2019all\u00e9ger la p\u00e9nibilit\u00e9 de certains m\u00e9tiers dans la ville, \u00e0 commencer par la r\u00e9gulation de la circulation routi\u00e8re. L\u2019\u00e9bauche de cette rencontre \u00e9tant elle-m\u00eame une affirmation tapageuse que ce qui n\u2019est pas est fondamental et indispensable.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>\u00ab\u00a0Toutes ces d\u00e9marches artistiques vont dans le sens d\u2019un art qui se pense dans l\u2019absolu comme une proposition utile.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-regular-font-size\" style=\"line-height:1.7\"><br><br>Toutes ces d\u00e9marches artistiques vont dans le sens d\u2019un art qui se pense dans l\u2019absolu comme une proposition utile. Certes relative, car consciente de la pertinence, de l\u2019urgence et de la subjectivit\u00e9 les unes des autres et, cependant, fonci\u00e8rement, totalement par-del\u00e0 l\u2019assignation politique de l\u2019art dans les structures sociales, comme des pistes pour le renouvellement perp\u00e9tuel de la soci\u00e9t\u00e9 et donc sa vivification, son maintien non n\u00e9gociable du c\u00f4t\u00e9 de la vie et non des diff\u00e9rentes formes de mort dont elle a \u00e9t\u00e9 assaillie au fil de l\u2019histoire et continue de l\u2019\u00eatre dans l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-coblocks-author has-text-color has-background has-black-color\" style=\"background-color:#e2e5e8\"><figure class=\"wp-block-coblocks-author__avatar\"><img class=\"wp-block-coblocks-author__avatar-img\" src=\"https:\/\/labkontempo.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/118762374_106843374485700_7707398879354171611_o.jpg\" alt=\"Sinzo Aanza\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-coblocks-author__content\"><span class=\"wp-block-coblocks-author__name\">Sinzo Aanza<\/span><p class=\"wp-block-coblocks-author__biography\">Sinzo Aanza (n\u00e9 en 1990 \u00e0 Goma, DR Congo) vit et travaille \u00e0 Kinshasa en DR Congo. En 2020-2021, il est le directeur artistique de la deuxi\u00e8me \u00e9dition de la Biennale Yango qui se tient \u00e0 Kinshasa.<\/p>\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link\">https:\/\/labkontempo.com\/fr\/auteurs\/<\/a><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>d\u2019o\u00f9 partent les perspectives? Sinzo Aanza Il s\u2019est produit dans la discr\u00e9tion la plus assourdissante et dans une incons\u00e9quence opini\u00e2tre, un \u00e9v\u00e9nement lumineux: la r\u00e9habilitation, par les pratiques contemporaines, de l\u2019artiste \u00a0\u00bbcongolais\u00a0\u00bb pr\u00e9-colonial. 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